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Lorsqu’Éric Hébert-Daly réfléchit à son expérience au Séminaire Uni, qui fait désormais partie de la communauté du Séminaire diocésain de Montréal, un mot s’impose : innovation.
En tant qu’ancien étudiant du Séminaire Uni, et nommé aujourd’hui au poste de secrétaire général de l’Église Unie du Canada, Éric Hébert-Daly considère que sa formation théologique lui a permis d’accepter et la tradition et le changement. Tout ce qu’il a appris à cette étape-là continue de façonner son approche en matière de ministère, leadership et avenir de l’Église au niveau national.
Alors que les communautés de foi au Canada doivent faire face aux questions concernant leur importance, leurs communautés et leur mission, Hébert-Daly est persuadé que la réponse ne passe pas par un abandon de la tradition, mais par la créativité au moment d’approcher celle-ci.
Pour Hébert-Daly, la formation théologique ne lui a pas donné que des connaissances universitaires, elle lui a fourni un cadre afin de mieux comprendre le ministère dans un monde qui ne cesse de changer.
« J’ai reçu en même temps un aperçu de la tradition et des outils pour réfléchir différemment et essayer des choses nouvelles », explique-t-il.
Cet ensemble s’est avéré précieux. D’un côté, il a ainsi intégré les bases nécessaires pour servir dans un contexte paroissial traditionnel. De l’autre côté, il a été encouragé à explorer des approches novatrices en matière de ministère et de vie paroissiale.
L’équilibre entre tradition et expérimentation est devenu central tout au long de son parcours. Aujourd’hui, il voit ces années au séminaire comme une période de formation qui l’a préparé pour le leadership au-delà des communautés de foi locales.
Au fur et à mesure que son ministère se développait, Hébert-Daly est allé au-delà du contexte paroissial pour accepter des rôles aux niveaux régional et national. Cette transition lui a montré l’importance de penser de manière créative à l’avenir de l’Église.
Les défis que les communautés de foi doivent relever aujourd’hui sont complexes et souvent déroutants. Les modèles traditionnels qui ont été utiles jadis ne sont pas toujours au diapason de la réalité actuelle. Cependant, Hébert-Daly estime que la formation théologique l’a aidé à remettre en question certaines suppositions et à imaginer de nouvelles possibilités.
« La vision que nous sommes en train de bâtir pour l’avenir de l’Église diffère largement dans son approche des choses », affirme-t-il.
Au lieu de se centrer exclusivement sur l’administration ou l’entretien de l’institution, il considère que les leaders de l’Église doivent rester ancrés dans la réflexion théologique tout en gardant le désir d’innover.
Pour lui, le leadership implique d’aider les communautés à discerner où Dieu est à l’œuvre et comment l’Église peut y répondre dans la foi.
Un cours en particulier a laissé sa marque pour le ministère d’Hébert-Daly. Il s’agit du cours sur l’éducation et la formation chrétiennes, enseigné par Allison Huntly, qui lui a permis de commencer à penser différemment au leadership, à l’apprentissage et à l’implication communautaire. Les étudiants exploraient les façons dont les leaders peuvent projeter leur vision, soulever l’enthousiasme et inviter les gens à participer de manière significative. Le défi était, surtout, de penser la formation non seulement comme un transfert d’information, mais comme une manière d’aider les gens à découvrir de nouvelles possibilités pour le développement spirituel et l’action. Ce sont des apprentissages qui l’ont accompagné tout au long de son parcours.
« Beaucoup de possibilités sont apparues », se rappelle-t-il.
Aujourd’hui, ces mêmes compétences continuent d’avoir une influence dans son travail comme leader de l’Église et lui permettent de mobiliser des communautés pour des questions d’identité, de raison d’être et de mission.
Hébert-Daly croit que l’un des plus grands défis pour l’Église aujourd’hui est de rester ancrée solidement dans ses bases théologiques. En effet, pour lui, les personnes en position de leadership dans l’Église sont facilement submergées par les soucis d’ordre pratique, les questions de gouvernance, les budgets et les structures organisationnelles. S’il est vrai que tous ces aspects sont importants, ils ne constituent pas la raison d’être fondamentale de l’Église.
« Nous devons revenir aux fondements théologiques, explique-t-il. La base de notre foi et le sens d’être chrétien dans notre monde. »
Pour Hébert-Daly, un leadership ancré dans la foi se doit de connecter toujours les décisions institutionnelles avec les questions spirituelles plus profondes qui leur donnent un sens. Cette perspective a gagné en importance alors que les leaders de l’Église doivent faire face à des changements culturels et sociaux de plus en plus rapides.
Une grande partie du travail d’Hébert-Daly aujourd’hui consiste à imaginer l’avenir. À quoi ressemblera l’Église en 2035? Comment est-ce que les chrétiens peuvent répondre aux nouvelles réalités? Comment est-ce que les communautés de foi peuvent demeurer vivantes et pertinentes dans une société qui change sans cesse?
Au lieu de donner des réponses, Hébert-Daly invite les gens à participer dans un processus de discernement collectif. Il parle de « cocréer avec Dieu » quand il s’agit de façonner l’avenir, en reconnaissant que la transformation ne peut pas avoir lieu seulement avec l’effort humain. « Il faut qu’on le fasse avec le mouvement de l’Esprit », nous dit-il. Cette conviction encourage l’humilité et l’espérance. L’avenir ne peut pas être complètement planifié ou contrôlé, mais on peut s’y rapprocher avec la prière et la créativité.
L’une des images qui soutient sa compréhension de la foi est celle du pèlerinage. Pendant un congé sabbatique, Hébert-Daly a marché environ 1 400 km sur des chemins de pèlerinage en Espagne. Cette expérience lui a permis d’approfondir un apprentissage qu’il applique aujourd’hui dans son ministère et son leadership.
« Le voyage est presqu’aussi important que la destination », affirme-t-il. Souvent, la destination change en fonction de ce qui s’est passé sur la route. Cette réflexion s’applique aussi aux personnes, aux communautés de foi et aux différentes confessions. Les gens peuvent commencer avec une vision claire d’où ils espèrent arriver et pourtant, lorsqu’ils écoutent, apprennent et grandissent ensemble, il y a des nouvelles possibilités qui émergent. C’est aussi vrai pour l’Église.
Au lieu de se centrer exclusivement sur des résultats escomptés, Hébert-Daly encourage les communautés de foi à rester disponibles devant Dieu tout au long de leur cheminement.
Malgré les défis auxquels l’Église doit faire face aujourd’hui, Hébert-Daly garde toujours espoir. Il parle de l’émergence de nouvelles communautés de foi et de la curiosité croissante des jeunes générations qui n’ont pas grandi au sein des structures traditionnelles de l’Église. Au lieu de voir ces développements comme des problèmes, il les considère des opportunités. Beaucoup de gens posent des questions sur la spiritualité, sur le sens des choses et sur la communauté. Pour lui, ces question créent de l’espace pour de nouvelles formes de ministère et d’engagement. Il espère que l’Église continuera d’accueillir les échanges, les innovations et l’expérimentation tout en demeurant solidement ancrée dans la foi. « Si nous pouvons quitter certaines routes que nous avons déjà empruntées dans le passé, suggère-t-il, nous verrons sans doute apparaître de nouvelles possibilités. »
Alors qu’il commence à exercer son nouveau rôle comme secrétaire général de l’Église Unie du Canada, Éric Hébert-Daly apporte des leçons apprises lors de ses années de formation théologique. Cette formation lui a permis d’établir une base solide dans la tradition, d’être ouvert face à l’innovation et de faire confiance aux processus de discernement dans la foi. Ce sont les thèmes qui continuent de guider son leadership aujourd’hui.
Pour Hébert Daly, l’avenir de l’Église ne sera pas défini uniquement à l’aide d’un plan stratégique. Il émergera grâce à la prière, la créativité, les échanges et le désir de suivre l’Esprit où qu’il nous mène. Il se peut que la destination ne soit pas toujours claire, mais le cheminement demeure toujours riche en possibilités.