La version française est disponible.
Morgan Bell, Director of United Church Studies
Dans son ouvrage désormais classique Theologia: The Fragmentation and Unity of Theological Education, Ed Farley propose une vision de la théologie comme un savoir essentiellement « sapientiel » : une « sagesse ou une compréhension personnelle et existentielle ». La formation théologique ne se limite pas à acquérir des connaissances puisées dans des livres ni à transmettre des contenus. Elle n’est pas non plus une formation technique basée sur l’acquisition de compétences « spécialisées » à « employer » dans le ministère. La formation que nous poursuivons est plus intégrée. La sagesse pratique et la formation profonde décrites par Farley ne proviennent pas uniquement des études universitaires, ni du travail sur le terrain ou de l’apprentissage pratique. Une formation théologique riche, formatrice et toujours plus profonde émerge plutôt d’un mouvement dynamique et interprétatif entre Écritures, soins pastoraux, recherche historique, cultes communautaires, philologie, crises personnelles, appréciation doctrinale et repas partagés.
Au cours de ma première année au sein du corps professoral, j’ai été à la fois témoin et participant de ce mouvement au Séminaire diocésain de Montréal et à l’École théologique de Montréal. J’ai vu nos vies s’entrelacer pour créer une trame riche, telle que Farley l’imaginait. Des étudiants et étudiantes venant de partout au Canada, ainsi que de nombreux autres pays, provenant de diverses traditions chrétiennes et ayant des parcours variés, ont été conduits vers cette école par l’Esprit Saint afin d’être formés à la seule chose « nécessaire » (Lc 10,42). Ils ont été greffés à notre vie commune pour enrichir notre communauté et être conformés au Christ pour le bien de son Église et du monde.
Et même si nous, membres du corps professoral, aimerions penser que la plupart — ou du moins les éléments les plus importants — de cette formation se déroule dans nos salles de classe et lors de nos rencontres, j’ai été sans cesse émerveillé de voir les étudiants et étudiantes approfondir leur savoir sapientiel lors de leurs prédications, de la prière quotidienne, dans les conversations du vendredi matin autour du petit déjeuner, en canot lors de notre retraite ou lors de promenades sur la rue University. Dieu se plaît à rassembler les éléments disparates de nos lectures, de nos expériences, de nos questions et de nos rencontres pour produire un développement organique. S’il y a une chose que j’attends avec impatience pour l’année à venir, c’est de voir Dieu poursuivre son œuvre créatrice et nourricière au sein de notre communauté et au-delà.
Après la collation des grades, un ami m’a demandé si j’étais triste de voir partir « ma » première cohorte. En vérité, non, je n’ai pas le sentiment que nous envoyons les étudiants et étudiantes dans le monde comme s’ils nous quittaient. Au contraire, j’ai l’impression que, par eux et elles, nous sommes entraînés hors de nous-mêmes, au cœur de la vie quotidienne de l’Église du Christ : cette grande école de tous les disciples. Les relations entre étudiants, anciens étudiants et membres du corps professoral ne servent pas seulement à entretenir des liens personnels; elles demeurent un lieu où continue à se développer ce savoir sapientiel propre à la formation théologique. Je suis convaincu que l’Esprit Saint continuera d’entrelacer nos vies pour l’avènement de la nouvelle création que Dieu nous offre en Jésus-Christ.


