Tisser une nouvelle étoffe : la formation ecclésiale dans un contexte œcuménique

Par : La diacre Alyson Huntly, Ph. D., directrice des Études de l’Église Unie

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Alors que se termine notre première année universitaire en tant qu’établissement officiellement œcuménique, je suis certaine que bien des gens s’interrogent sur les changements et les défis auxquels nous avons fait face, tout particulièrement en ce qui concerne la façon dont s’est intégrée la formation propre à chaque Église dans ce nouvel environnement œcuménique. Les étudiantes et les étudiants font toutes et tous l’apprentissage de l’exercice du ministère selon les besoins et les traditions propres à leur Église respective, qu’il s’agisse de l’Église anglicane, de l’Église Unie ou d’une autre Église, tout en côtoyant les autres traditions ecclésiales dans un esprit de partenariat œcuménique. À bien des égards, chaque formation ecclésiale est demeurée identique à ce qu’elle était avant que le Séminaire Uni se joigne au Séminaire diocésain de Montréal, mais présente désormais la valeur ajoutée de mettre les étudiantes et les étudiants en contact avec une diversité ecclésiale qui est plus représentative de l’avenir de l’Église, et dans certains cas de sa réalité actuelle.  

              Nos cohortes étudiantes continuent de suivre les cours propres à leur Église d’appartenance, tels que Règlements et statuts de l’Église Unie ou Histoire et théologie de l’Église anglicane, tout en suivant les cours de théologie de l’Université McGill dans un cadre œcuménique. En outre, afin de renforcer la formation propre à leur Église d’appartenance, les étudiantes et les étudiants sont associés à une communauté de foi tout au long de leurs études, en plus de faire un stage ministériel d’une ou deux années. Également, les célébrations liturgiques qui ont lieu à divers moments dans la semaine au sein du Séminaire sont autant d’occasions supplémentaires de faire des apprentissages pratiques et de perfectionner le leadership, tandis que la tenue chaque mois d’une soirée communautaire permet de créer un espace où les membres de l’Église Unie peuvent tisser des liens communautaires et développer un sentiment d’appartenance dans ce nouvel environnement.

              L’Église se transforme et évolue, tout comme la formation théologique, qui de plus en plus s’adapte à la diversité des cohortes étudiantes, des besoins et des modes d’apprentissage. Grâce à sa petite taille, la communauté du Séminaire peut offrir des options d’apprentissage souples, qu’il s’agisse d’études à temps complet, à temps partiel ou même à distance. Nos étudiantes et nos étudiants proviennent de divers horizons. En ce moment, alors que certaines et certains suivent le cheminement traditionnel de trois ans du programme de maîtrise professionnelle en théologie (M. Div.), d’autres détiennent déjà un diplôme en théologie rattaché à une autre tradition ecclésiale et suivent des cours particuliers de préparation à l’exercice du ministère au sein de l’Église Unie ou de l’Église anglicane. Le Séminaire accueille aussi des étudiantes et des étudiants plus âgés qui ne détiennent pas un diplôme de premier cycle, des pasteures et des pasteurs d’autres Églises et même des personnes qui envisagent d’exercer un ministère en dehors de l’Église Unie ou de l’Église anglicane, mais qui ont tout de même choisi de suivre un programme d’études rattaché à l’une ou l’autre de ces Églises. Nous nous efforçons d’ajuster la formation aux besoins des étudiantes et des étudiants, ainsi qu’à leurs objectifs d’apprentissage.  

              Dans sa quête d’un équilibre entre une vie communautaire œcuménique et une formation propre à chaque Église, le Séminaire a grandi et a changé de diverses façons au cours de la dernière année. Si l’apprentissage des traditions de sa propre Église constitue un volet important de la formation au leadership, c’est souvent dans les lieux où se croisent les étudiantes et les étudiants anglicans et de l’Église Unie que se font les apprentissages les plus précieux pour la préparation au ministère. Durant chaque semestre, les cohortes étudiantes des deux Églises participent à un séminaire hebdomadaire conjoint sur le ministère au cours duquel elles peuvent échanger et apprendre sur les particularités de l’animation liturgique dans chacune des traditions ecclésiales. Ces rencontres sont une occasion de comparer les pratiques traditionnelles de chaque Église et d’apprendre de leurs différences. Selon Heather McCance, directrice des études pastorales, une telle approche comparative aide souvent à mieux comprendre sa propre tradition, et lorsqu’une étudiante ou un étudiant comprend mieux les pratiques qui façonnent le cadre de sa propre tradition, elle ou il se trouve alors mieux outillé pour sortir de ce cadre et innover. Ce séminaire conjoint aide ainsi les étudiantes et les étudiants à porter un regard nouveau sur leur propre tradition ecclésiale, à acquérir un meilleur esprit d’œcuménisme et à réfléchir aux façons de repousser les frontières des approches traditionnelles propres à leur Église.

             Le domaine où le Séminaire diocésain de Montréal a connu les changements les plus importants cette année, c’est celui des pratiques liturgiques. Il y a dorénavant une alternance entre les liturgies provenant de l’Église anglicane et de l’Église Unie. De plus, l’aumônier du Séminaire, Norman Robert Boie, s’est montré soucieux d’intégrer des éléments liturgiques issus de différentes traditions chrétiennes d’un peu partout dans le monde afin que les célébrations reflètent mieux la diversité culturelle du corps étudiant. Bon nombre, si ce n’est pas la totalité, des diplômées et des diplômés de notre établissement exerceront un ministère dans des contextes de diversité œcuménique et de pluralité religieuse, tant au sein de leur paroisse que dans le milieu communautaire plus large de celle-ci. Nous sous-estimons souvent la grande diversité théologique qui existe au sein des paroisses, sans mentionner les différentes préférences quant aux styles liturgiques et à la manière d’exprimer et de vivre la foi dans le monde. Également, plusieurs paroisses de nos jours ont conclu des ententes de ministères conjoints débordant des frontières ecclésiales. Plus nos étudiantes et nos étudiants se familiariseront avec la variété des traditions et apprendront à apprécier leurs richesses particulières, meilleures seront leurs capacités pour le ministère paroissial. Bien qu’elles puissent parfois exiger des compromis difficiles, les pratiques liturgiques œcuméniques du Séminaire diocésain de Montréal sont en fin de compte un juste reflet des réalités du ministère avec lesquelles devront composer nos étudiantes et nos étudiants une fois diplômés (réalités qui nécessiteront des arbitrages épineux et bien d’autres négociations!).

              Lorsque je repense aux deux derniers semestres, je suis fière de tout ce qui a été accompli et reconnaissante de tous les dons inattendus que nous ont apportés ces nouveaux défis. Ce nouvel établissement suscite de grands espoirs et j’ai hâte de voir les fruits qu’il produira pour l’avenir de l’Église.

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